Confinés : on en profite pour tout changer ?

Par définition, le confinement impose un enfermement et un sur-place. Avant de tout changer, il faut d’abord prendre la mesure de ce que « tout a déjà changé ». Et ne pas forcement en rajouter. Acceptons la situation actuelle en n’oubliant pas qu’elle est transitoire. Faisons chaque jour une chose que nous ne pouvions pas faire auparavant et réjouissons-nous en.

Pour ceux qui ne sont pas en 1ère ligne, c’est un excellent moment pour « perdre son temps » sans se culpabiliser. Certains vont en profiter pour tout changer chez eux, déplacer les meubles, trier à n’en plus finir. Ils vont occuper le temps.

Mon conseil serait plutôt de ne pas trop en faire pour arriver à un point d’ennui. L’ennui est toujours créateur. Il en sortira une idée, une envie, qq chose de nouveau qu’il faudra accueillir et cultiver. Même après la fin du confinement.

Qu’est-ce que les arts sacrés chinois nous enseignent en cette période de confinement ?

Toutes les techniques chinoises sont au service de la vitalité et de l’efficacité maximale. Il n’y a pas de puissance de frappe sans accumulation de forces. La restriction imposée force au centrage, à l’introspection, à la présence à soi. S’agiter est inutile et contre-productif. C’est un excellent moment pour clarifier, évaluer, trier et préparer la suite. Celle-ci ne pourra pas être la répétition de l’avant. Ou alors l’épreuve n’aura servi à rien.

Après des décennies d’accélération et d’agitation dans tous les domaines, nous visons un ajustement de balancier. Ajustons nos postures.

Comment en faire quelque chose de positif ? 

En se reposant (ceux qui le peuvent). En acceptant de lâcher prise (on ne peut y rien faire). En comprenant que la contrainte individuelle est au service de la survie collective. En faisant la liste de tout ce que l’on fera lorsque le confinement sera levé. Et aussi celle de tout ce que l’on ne fera plus jamais. En tenant ces deux promesses.

Comment ne pas se faire « happer » par les pensées négatives de cette période anxiogène ?

Il est impossible d’y échapper car tout le monde est connecte aux chaines d’informations et aux réseaux sociaux. Et la conscience du danger est une qualité plus qu’une faiblesse. Néanmoins, établir des plages de temps sans connexion médiatique  est un bon moyen pour garder la tête froide. Se centrer sur une activité qui occupe l’esprit en est une autre (démarrer un arbre généalogique, trier des photos, nettoyer l’appartement).

Quand les pensées négatives débordent, les chasser est parfois moins efficace que de leur donner la parole. Je conseille 2 x 5 minutes par jour de panique pure. Vautrez-vous dedans. Imaginez le pire, puis allez-vous laver les mains ou passer l’aspirateur. Lorsque le corps bouge, la tête s’égare moins.

Quelles « clés » ou quels exercices (issus de votre dernier livre Oser s’accomplir ou autre) mettre en application dans ce nouveau quotidien?

Le moment crée du vide puisque nous ne pouvons plus courir dans tous les sens comme avant. Et le vide fait peur car nous nous retrouvons face à nous-même. Or le vide appelle le plein. C’est le moment de faire vraiment le vide et j’ai un exercice pour cela ou de trouver tous les jours au moins une chose à faire autrement que d’habitude. Les généralistes télétravaillent. Les personnes âgées se mettent à l’ordinateur, les citadins plantent des graines sur leurs balcons.

L’exercice dont je parlais plus haut consiste à s’assoir 5 minutes par jour, tous les jours à la même heure, face à un mur totalement vide. Sans téléphone. Pendant 5 jours. Il en sortira bien qq chose. N’hésitez pas à m’en faire part.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

La suite n’est pas écrite. Nous sommes en train de l’écrire ensemble. Plus le confinement dure, moins il sera facile de refaire tout exactement comme avant. Certains vont décider de rester en province, d’autres vont démissionner. Revoir des étoiles dans le ciel des grandes villes est un cadeau que la planète nous a fait en quelques jours après que nous lui ayons fait le cadeau de nous calmer. Cette épreuve collective pourrait nous rappeler à quel point nous sommes capables de changer le monde une personne à la fois, un acte à la fois, un jour à la fois.

Mon conseil serait que chacun d’entre nous se fasse une promesse, une seule, au service de sa santé et de celle du monde. Puis s’y tienne. Collectivement cela fera plus de 60 millions d’actes vertueux rien qu’en France. 7,5 milliards si tout le monde s’y met. N’attendons plus.

©Marie-Pierre Dillenseger, 27 Mars 2020. Paris, 10ème jour de confinement

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9 comments

  1. Merci
    Vos posts agissent comme un baume de sérénité et me permettent de mieux comprendre les jours à venir en respectant ceux du passé et en accueillant aujourdh’ui.
    Comme une longue vue qui permet de grossir le près pour mieux voir le détail et devoir aussi plus loin.
    Merci de votre intérêt et de vos partages.
    J aime bien savoir votre énergie à Paris…
    Véronique kemelharen

  2. Clair et straight to the point, comme d’habitude. Merci! Pensez-vous, à un moment, qui sera le bon, partager les lignes de force de cette année rat de métal comme vous l aviez fait pour les années précédentes après vos conférences? C est ainsi que j ai découvert jadis votre travail et vos livres, généreux, riches et d excellents outils vers l autonomie. Portez vous bien

  3. Merci Marie Pierre pour ces mots si justes. Je suis totalement en phase avec votre manière de voir les choses, de voir le présent et de construire l’avenir. Je prie pour que de cauchemar naisse enfin une lumiere, la conscience de ce que nous avons fait subir à la planète et la conscience de ce que nous devons désormais faire pour prendre soin d’elle.

  4. Chère Marie – Pierre, je viens de lire, relire ce post, j’ai la chair de poule, merci infiniment…
    Evelyne

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